Sur la page web de Chatbac, l’interface, très claire, demande de choisir avec quel auteur du programme de l’année on veut entrer en dialogue.
Les élèves ne sachant pas toujours quoi poser comme question, la conceptrice du site en propose par défaut. Elles sont centrées sur les thèmes du programme et si elles sont très utiles pour préparer le bac parce que c’est le type de questions d’un examinateur, ce ne sont pas forcément celles que l’on a envie de commencer par poser à l’auteur.
En effet, on a tout de suite envie d’être plus personnel avec des questions plus simples, parce que l’idée du dialogue laisse supposer qu’il va y avoir une proximité. J’ai donc demandé à Rimbaud, quand est-ce qu’il était né, puis où il avait voyagé et quel était le pays qu’il avait préféré.
Notons qu’à chaque fois, il y a quelque chose de fascinant quand on lit sur l’écran « Arthur Rimbaud est en train d’écrire« .
Autant la première réponse manque un peu de naturel « […] C’est une date qui marque le commencement d’une vie brève, mais intense, dédiée à la poésie et à la révolte contre les formes établies de la littérature et de la société de mon temps.« , autant les deux suivantes et en particulier, celle du pays préféré sont très naturelles. On a l’impression que c’est Rimbaud qui nous répond : « Je n’ai jamais vraiment déclaré un pays préféré […] Pourtant, des lieux me marquèrent profondément, notamment l’Éthiopie, ou plus précisément le royaume du Choa et la région de Harar où je me suis établi comme commerçant pendant plusieurs années. J’y ai vécu des expériences intenses […] Je suis resté fasciné par cette terre d’Abyssinie,- […] Donc, si je devais nommer un pays que j’ai préféré, ce serait l’Éthiopie (ancienne Abyssinie), et la région environnante où j’ai vécu et combattu, entre Harar, le Choa, et Tadjourah. »
Et même les questions suggérés par l’outil deviennent plus naturelles : « Comment décris-tu le paysage d’Abyssinie dans tes lettres ou tes écrits ? » et « Pourquoi as-tu choisis de t’établir à Harar et quelles difficultés y as-tu rencontrées ? » alors que les premières questions suggérées, lors du premier contact avec l’auteur étaient beaucoup plus scolaires et pouvaient peut-être rebuter l’élève : « De quoi t’émancipes-tu à travers l’écriture des poèmes des Cahiers de Douai ? » ou « Quels poèmes de ton recueil révèlent-ils ton émancipation ?« .
Créer ce type de proximité en permettant de parler avec les auteurs est sans aucun doute une des clés pour amener les élèves à s’intéresser à ce qu’ils ont écrit. La réalité littéraire leur devient moins abstraite.
Cependant, si l’on ne peut pas demander à Rimbaud son plat préféré : « Mon propos n’est pas de revenir sur des éléments anecdotiques de ma vie personnelle. Je peux seulement fournir des informations biographiques sur des moments qui éclairent mon œuvre, lui donnent son sens. Je te propose d’en rester à l’étude des œuvres elles-mêmes. Veux-tu me poser d’autres questions ?« , ce qui est dommage, parce que l’anecdote est aussi une porte d’entrée, on peut lui demander qui est son musicien préféré et obtenir une réponse intéressante. Et l’auteur nous renvoie même la question : « Toi, dans ta vie, quelle musique trouves-tu qui puisse réellement faire chanter tes émotions, comme j’ai tenté de le faire par mes poèmes ?« .
C’est aussi une des richesses de l’outil que nous n’avions pas mentionnée : après chaque réponse, l’auteur prolonge la conversation par une question (qui n’est pas toujours dans le fil de la discussion parce que parfois elle essaye de recentrer sur des questions types d’examen).
La discussion a donc pu continuer. J’ai dit que j’aimais bien le rap. Il a établi un parallèle entre le rap et sa poésie avant de conclure « Alors, même si les styles sont différents, je t’encourage à voir dans le rap une poésie de notre temps, où le langage se fait arme et miroir du monde » et de me demander « Et toi, quels poèmes de mes « Cahiers de Douai » sens-tu proches de cette énergie si vive du rap ?« .
On a donc un outil qui permet de se préparer au bac de français avec toute une série de questions types, formelles, avec des réponses qui nous aideront à analyser les textes. Mais Chatbac permet aussi d’avoir un instant l’illusion qu’on a vraiment l’auteur en face de soi pour découvrir de manière informelle son univers et entrer dans le « Français » avec plaisir.